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Inflammation du pouce : reconnaître la De Quervain, les causes possibles et les gestes à éviter

Éloi Saintonge 10 min de lecture

Une inflammation du pouce désigne le plus souvent une irritation douloureuse des tendons ou de leur gaine près de la base du pouce, côté poignet. Elle peut compliquer des gestes simples, comme tourner une clé, ouvrir un bocal, porter un sac ou tenir un téléphone. La cause la plus fréquente est la tendinite, ou ténosynovite, de De Quervain, mais d’autres troubles peuvent donner une douleur proche. L’essentiel est donc de repérer la zone douloureuse, les mouvements qui déclenchent la gêne et les signes qui doivent conduire à consulter.

Ce que recouvre vraiment une inflammation du pouce

Le terme est large. Dans le langage courant, il sert à décrire une douleur, un gonflement ou une sensation de chaleur autour du pouce. Sur le plan médical, il peut correspondre à l’inflammation d’un tendon, d’une gaine tendineuse, d’une articulation ou, plus rarement, à une autre atteinte locale. Quand la douleur se situe à la base du pouce et remonte vers le poignet, la maladie de De Quervain fait partie des premières hypothèses.

Schéma de l’inflammation du pouce montrant la zone douloureuse à la base du pouce et les tendons du poignet
Schéma de l’inflammation du pouce montrant la zone douloureuse à la base du pouce et les tendons du poignet

Le mécanisme est simple à comprendre. Deux tendons, qui participent aux mouvements du pouce, coulissent dans une gaine située sur le côté radial du poignet, du côté du pouce. Si cette zone s’irrite ou s’épaissit, le glissement devient moins fluide. Chaque mouvement peut alors provoquer frottement, douleur et gêne fonctionnelle. La plainte ressentie par le patient est souvent plus large que la lésion réelle, car la douleur peut sembler venir du pouce alors qu’elle part surtout du poignet.

Le cas fréquent : la tendinite de De Quervain

La tendinite de De Quervain touche les tendons qui servent aux mouvements du pouce, notamment le long abducteur du pouce et le court extenseur du pouce. Ces tendons coulissent dans une gaine, comme dans un petit canal. Lorsque les tissus s’irritent, ce passage devient moins souple. Les mouvements répétitifs, la préhension énergique et certaines torsions entretiennent alors l’inflammation et la douleur.

On parle aussi de ténosynovite, car l’inflammation concerne souvent la gaine qui entoure les tendons, et pas seulement le tendon lui-même. Cette précision explique pourquoi une douleur du pouce peut être ressentie comme une douleur du poignet. Chez certaines personnes, la gêne augmente surtout lors des gestes de pince, alors que le repos fait baisser les symptômes de façon nette.

Les autres causes possibles à ne pas confondre

Toute douleur du pouce n’est pas une De Quervain. Une rhizarthrose, c’est-à-dire une arthrose de la base du pouce, peut provoquer une douleur lors de la pince entre le pouce et l’index. Une arthrite peut entraîner une articulation gonflée et douloureuse. Un traumatisme, une entorse ou une fracture doivent aussi être envisagés après une chute, une torsion brutale ou un choc direct.

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Situation Indice évocateur À surveiller
Tendinite de De Quervain Douleur à la base du pouce, aggravée par la torsion ou la préhension Irradiation vers le poignet ou l’avant-bras
Rhizarthrose Douleur articulaire lors de la pince ou de l’ouverture d’un bocal Raideur, perte de force, déformation progressive
Traumatisme Douleur après chute ou choc Hématome, déformation, impossibilité d’utiliser le pouce
Arthrite Articulation chaude, gonflée, parfois rouge Douleurs au repos, autres articulations atteintes

Symptômes : où la douleur se situe et quels gestes l’aggravent

Le symptôme principal est une douleur à la base du pouce, souvent ressentie près du poignet. Elle apparaît d’abord lors de certains mouvements, puis peut devenir plus présente si la sollicitation continue. Un gonflement local, une sensibilité au toucher ou une impression de tiraillement peuvent accompagner la douleur.

La gêne se manifeste souvent au moment de saisir un objet, de soulever une casserole, d’essorer une serpillière ou de tourner une poignée. Les gestes qui combinent le pouce et le poignet sont les plus exigeants. Écrire longtemps, utiliser des ciseaux ou faire défiler l’écran d’un smartphone peut aussi entretenir les symptômes. Dans les formes plus marquées, la douleur finit par limiter des actions très simples, comme porter un enfant ou serrer une poignée de main.

Un bon repère consiste à comparer les deux mains sur un même mouvement, sans forcer. Si le côté atteint perd en amplitude, se crispe plus vite ou déclenche une douleur précise alors que l’autre reste fluide, cela aide à décrire le problème au médecin. Cette comparaison ne remplace pas un diagnostic, mais elle apporte une information concrète sur la force de pince, la rotation du poignet, l’écartement du pouce et l’endurance dans les gestes fins.

Les gestes typiques qui déclenchent la douleur

Les mouvements qui combinent torsion et préhension sont souvent les plus gênants. Saisir fortement un objet, essorer un linge, tourner une clé, soulever une casserole ou maintenir un téléphone longtemps dans la main peut réveiller la douleur. Elle peut aussi apparaître quand on écarte le pouce ou quand on incline le poignet vers le petit doigt.

Quand ces gestes reviennent plusieurs fois dans la journée, la gêne s’installe plus facilement. C’est ce qui explique la fatigue de la main en fin de journée, surtout lorsque la même zone est sollicitée sans pause. Le patient peut alors avoir l’impression que la douleur « accroche » à la base du pouce puis remonte vers le poignet.

Les signes qui doivent faire consulter rapidement

Une consultation est recommandée si la douleur persiste malgré le repos, si le pouce gonfle nettement, si la gêne empêche de travailler ou d’effectuer les gestes quotidiens, ou si la douleur survient après un traumatisme. Il faut aussi être prudent en cas de rougeur importante, de chaleur locale marquée, de fièvre, d’engourdissement ou de perte brutale de force. Ces signes peuvent orienter vers une cause autre qu’une simple tendinite.

Pourquoi le pouce s’enflamme : gestes, terrains et travail

La cause la plus courante est la répétition de gestes sollicitant fortement le pouce et le poignet. Le frottement répétitif des tendons dans leur gaine peut provoquer une irritation, puis un épaississement local qui entretient la douleur. Le problème apparaît parfois après un changement d’activité, comme du bricolage intensif, une reprise sportive, un nouveau poste de travail, de la manutention, du jardinage ou des soins à un jeune enfant.

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Les profils plus exposés

Les travailleurs manuels, les personnes qui utilisent beaucoup la souris ou le téléphone, les soignants, les coiffeurs, les musiciens, certains sportifs et les parents de nourrissons peuvent être concernés. La maladie de De Quervain est généralement mentionnée chez des adultes de 30 à 50 ans, mais elle peut survenir en dehors de cette tranche. Certains terrains, comme la grossesse, le diabète ou la polyarthrite rhumatoïde, sont aussi cités comme facteurs qui favorisent les troubles tendineux ou inflammatoires.

Quand l’activité professionnelle entre en jeu

Lorsque la douleur est liée à des mouvements répétitifs ou à une préhension énergique au travail, la question de l’adaptation du poste se pose rapidement. Réduire les gestes aggravants, alterner les tâches, aménager les outils ou limiter les torsions du poignet peut éviter l’installation d’une gêne durable. Selon la situation, un arrêt de travail peut être proposé pour permettre le repos, et une reconnaissance en maladie professionnelle peut être envisagée si les critères sont réunis. Cette démarche dépend du métier, de l’exposition réelle aux gestes en cause et de l’évaluation médicale.

Diagnostic : un examen surtout clinique, mais pas automatique

Le diagnostic repose d’abord sur l’interrogatoire et l’examen de la main. Le professionnel de santé cherche la localisation exacte de la douleur, les gestes qui l’aggravent, l’ancienneté des symptômes, le contexte d’apparition et l’impact sur les activités. Dans de nombreux cas, aucun examen complémentaire n’est nécessaire pour suspecter une De Quervain.

Ce que le médecin vérifie

L’examen peut rechercher une douleur à la pression sur le bord du poignet, une gêne à l’écartement du pouce ou une douleur lors de manœuvres spécifiques, comme le test de Finkelstein. Ce test vise à reproduire la tension sur les tendons concernés, mais il doit être interprété par un professionnel, car une douleur provoquée n’a pas toujours une seule explication.

Si le tableau est atypique, une échographie peut aider à visualiser l’inflammation des tendons ou de la gaine. Une radiographie peut être utile si l’on suspecte une rhizarthrose ou une séquelle traumatique. L’IRM reste plutôt réservée à des situations particulières, lorsque le diagnostic demeure incertain ou que la douleur persiste malgré une prise en charge adaptée.

Traitements, guérison et reprise des activités

Le traitement est progressif. L’objectif n’est pas seulement de calmer la douleur, mais aussi de supprimer le conflit mécanique qui entretient l’inflammation. Plus la prise en charge est précoce, plus il est souvent facile de limiter la durée de la gêne.

Les premières mesures : repos, attelle et anti-inflammatoires

Le repos consiste surtout à éviter les gestes déclencheurs, pas nécessairement à immobiliser toute la main en permanence. Une attelle du pouce et du poignet peut être prescrite pour limiter les mouvements douloureux et laisser les tendons récupérer. Des anti-inflammatoires peuvent être proposés lorsqu’ils sont adaptés à l’état de santé de la personne. Il faut éviter l’automédication prolongée, notamment en cas d’antécédents digestifs, rénaux, cardiovasculaires ou de traitements incompatibles.

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En parallèle, l’ergonomie compte beaucoup : garder le poignet dans l’axe, répartir les charges entre les deux mains, utiliser des manches plus larges, faire des pauses et éviter les pinces fortes répétées. La rééducation n’est pas systématique, mais elle peut aider à retrouver une utilisation plus souple du pouce et à corriger les gestes qui relancent la douleur.

Infiltration ou chirurgie : quand les douleurs persistent

Si la douleur ne régresse pas suffisamment, une infiltration locale de cortisone peut être proposée. Dans certains cas, une ou deux injections supplémentaires peuvent être envisagées selon l’évolution et l’avis médical. Ce traitement vise à réduire l’inflammation dans la gaine tendineuse.

La chirurgie est réservée aux formes persistantes malgré le traitement médical. Elle consiste à ouvrir la gaine ou le tunnel qui comprime les tendons afin de faciliter leur glissement. L’intervention peut se faire en ambulatoire, avec un retour à domicile le jour même. Après l’opération, il est classiquement demandé d’éviter de mouiller la main pendant 8/10 jours, selon les consignes du chirurgien. La reprise dépend ensuite de la douleur, de la cicatrisation, du type de travail et des gestes nécessaires au quotidien.

Combien de temps pour guérir ?

Le temps de guérison varie selon l’ancienneté des symptômes, l’intensité des gestes répétitifs, le respect du repos relatif et la réponse au traitement. Une douleur récente peut s’améliorer avec des mesures simples si les gestes aggravants sont réellement réduits. Une forme installée, avec gêne professionnelle ou douleurs persistantes, demande souvent plus de temps et parfois une prise en charge spécialisée.

Le bon indicateur n’est pas seulement la disparition de la douleur au repos, mais la capacité à reprendre progressivement les gestes utiles sans rebond douloureux le soir ou le lendemain. Si la douleur revient dès la reprise, il faut réévaluer l’attelle, les gestes, le poste de travail et les options thérapeutiques avec un médecin, un spécialiste de la main ou un professionnel de rééducation.

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